même


même

mémé [ meme ] n. f.
• 1884; var. dial. de mémère
Fam.
1Enfantin Grand-mère. mamie. Où est ta mémé ? Mémé, ma mémé est partie. (Appellatif) Bonjour mémé ! mémère.
2péj. Femme d'un certain âge, sans séduction. Les « mémés sur les plages qui se graissent la peau avec des huiles solaires » (Tournier). Adj. Sa robe fait mémé, elle fait vieux.

mémé nom féminin (abréviation de mémère) Familier Grand-mère, dans le langage des enfants (surtout appellatif sans article). Femme d'un certain âge, installée dans sa vie domestique, familiale. ● mémé (homonymes) nom féminin (abréviation de mémère) Familier mémère forme conjuguée du verbe mémérer mémèrent forme conjuguée du verbe mémérer mémères forme conjuguée du verbe mémérer

mémé
n. f. Fam. (Langage enfantin.) Grand-mère. Syn. mamie.

⇒MÊME, adj. ou adv.
I. — [Morphème de la comparaison par identification]
A. — [Adj. antéposé au subst.]
1. [Marque l'identité ou la ressemblance entre des entités appartenant à des êtres distincts] Pierre a le même nez que Jean, Pierre et Jean ont le même nez, les trois trains roulent à la même vitesse:
1. [Ils] en concluent que leurs semblables, quand ils font les mêmes actions, éprouvent les mêmes affections.
DESTUTT DE TR., Idéol. 2, 1803, p. 272.
♦[Le déterm. est un démonstratif] Et il pensa encore aux années précédentes, à ces mêmes clairs jours d'avril, et quelle joie alors en lui, et quelle peur alors de ne point épuiser ce chaud plaisir de vie! (RAMUZ, A. Pache, 1911, p. 178).
♦[Sans déterm.] [On admet] que deux rotations complètes de la terre autour de son axe ont même durée (H. POINCARÉ, Valeur sc., 1905, p. 39).
2. [Marque l'unicité, l'unité ou la permanence] Ils prennent le même train, habitent le même quartier, couchent dans le même lit. Sa pensée fiévreuse ressassait indéfiniment la même plainte monotone et hallucinée (ROLLAND, J.-Chr., Amies, 1910, p.1209). Elle vivait avant de te connaître... Elle avait la même beauté, le même charme... On l'a aimée! C'est fatal! (BERNSTEIN, Secret, 1913, I, 6, p.9).
Un(e) même + subst. Toutes les fois qu'un même territoire a été occupé par deux peuples (CONDORCET, Esq. tabl. hist., 1794, p.35). Les industries ne sont pas toutes soumises à une même tendance bien déterminée et irréversible (PERROUX, Écon. XXe s., 1964, p. 283):
2. Mais si l'on passe, comme nos ouvriers, une journée entière à un même travail, labourage ou tissage, c'est un moyen sûr d'ennuyer tous les coopérateurs...
FOURIER, Nouv. monde industr., 1830, p. 29.
Un(e) seul(e) et même. Ces deux aspects d'un seul et même tout doivent se retrouver plus ou moins à l'intérieur de nos propres esprits (J.-R. BLOCH, Dest. du S., 1931, p. 311).
♦[Art. possessif + même + subst.] Vous y reconnaîtriez [dans mon souvenir] l'ami qui vous parle présentement, (...) avec son même visage parchemineux et tranchant, mais rajeuni de dix années (MILOSZ, Amour. initiation, 1910, p. 226). [Il] le jeta [le renard] sur ses épaules comme un collier et reprit de son même pas rapide et lourd le chemin du village (PERGAUD, De Goupil, 1910, p. 28). Je reprenais le plus souvent possible ma même plaisanterie, faute d'autres sujets (CÉLINE, Voyage, 1932, p.198).
♦[Déterm. zéro + même + subst.] Elles mêlent ensemble leur absinthe dans le même calice. Elles ont même croix, même linceul (QUINET, All. et Ital., 1836, p. 65).
En partic. [Insiste sur l'identité d'un être à travers le temps]
♦[en liaison avec le démonstratif] [Joseph me serrait] avec ces mêmes mains qui avaient serré, étouffé, étranglé, assassiné la petite Claire dans le bois (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p.189).
♦[lorsqu'il qualifie un nom de pers.] Le même Hervé leur avait encore bien dit, il y a quelques mois (PÉGUY, Argent, 1913, p. 1255). En proie à un délire soudain, les académiciens outrageaient ce même Pascal que naguère ils avaient pris pour patron (A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 426).
B.Le même, la même, les mêmes. [Groupe pronom. lié à une tournure verbale attributive (même ne pouvant y entrer directement, p. ex. on ne peut dire: son aspect est resté même)]
1. [Le, pron. de rappel de l'antécédent, est qualifié par même] Je me pénétrai de leur mouvement toujours lent et toujours le même, de cette paix durable, de ces sons isolés dans le long silence (SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 72). La précieuse peau qui sent les halliers, l'étang, la feuille morte, garde une autre odeur encore, jamais la même, le parfum favori de ces filles qu'il rencontre à Montreuil ou à Étaples (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p.1428).
♦[Suivi d'une relative déterminative] Le général — le même qui va venir tout à l'heure (MILLE, Barnavaux, 1908, p.136).
♦[Suivi de que compar.]:
3. AMÉDÉE: Cette femme? Mais de quelle femme parlez-vous? LE CAPITAINE: De la même que vous, pardi!
AUDIBERTI, Quoat, 1946, 1er tabl., p. 16.
Locutions
Être, rester le même. Ne pas changer, ne pas avoir changé (au physique, au moral). Mais voilà que tout à coup on ne se retrouve plus le même; l'imagination s'est refroidie (BRILLAT-SAV., Physiol. goût, 1825, p. 212). Comme tu es changé... On ne peut même pas dire que tu aies changé: tu n'es plus le même, plus du tout, en rien (MARTIN DU G., Thib., Pénitenc., 1922, p.694).
[Elliptiquement] C'est qu'il n'a pas changé depuis dix ans, l'animal!... Toujours le même! (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, I, 11, p. 17).
Tous les mêmes. [Exprime la réprobation]. V. tous à mettre dans le même sac. Ils se fichent du monde, à la fin! Tous les mêmes! Pas un dans le tas qui vaille un clou! (COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 1re part., IV, p. 42):
4. Tas de rosses! Tous les mêmes. Vous tenez ensemble. T'hésites jamais à faire tort à un ouvrier!
HAMP, Marée, 1908, p. 72.
2. [Nominal] Qqc. revient au même. Quelque chose est pareil. Ce caractère de bassesse devrait correspondre ou à une paye supérieure ou, ce qui revient au même, à une moindre durée des heures de travail (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 523). Ils ne seront peut-être plus assez forts pour empêcher les votes, ou, ce qui revient au même, pour dispenser le ministre de promettre des sanctions (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p. 146).
Fam. C'est du pareil au même. Il n'y a pas de différence. — Dis donc, ça m'a l'air aussi moche qu'ailleurs. — C'est du pareil au même (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 74).
C.De même
1. Loc. adv.
a) De la même façon, de la même manière. Synon. pareillement. Suppose un hasard différent: Madeleine serait une autre femme, que tu aimerais de même exclusivement, et dont tu dirais pareillement: elle, et pas une autre! (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 144). Le goût de la vie intérieure lui faisait défaut, et de même tout sentiment d'intimité (R. BAZIN, Blé, 1907, p.33). Sa main va vers en bas et la longe fait de même (RAMUZ, Gde peur mont., 1926, p.184).
[Elliptiquement, dans une indication scénique]:
5. SUZANNE, émue, se levant, et à voix basse: Allons-nous-en! ROGER, étonné: Pourquoi? Où? SUZANNE, très troublée: Autre part... ROGER: Mais pourquoi? SUZANNE, de même [it. ds le texte]: Il fait sombre!
PAILLERON, Monde où l'on s'ennuie, 1869, III, 7, p. 168.
b) Région. (Ouest et Canada). De cette façon, ainsi. Est-ce qu'il y a des jeunes filles qui ne peuvent se marier qu'avec des hommes d'une certaine profession? Et si c'est de même, de quoi cela dépend-il? (P. CHAUVEAU, Charles Guérin, Montréal, Cherrier, 1852, p. 70). Quand vous avez quitté Mistassini il était haut de même... Son geste indiquait la taille d'un enfant (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 46). Alphonsine lui reprocha: — Traînez donc pas toujours de l'aile de même après les autres (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 45).
c) [Comme terme corrélatif des conj. de compar. de même que, ainsi que (v. aussi infra C 3 a)]:
6. Ainsi qu'on dit d'une bête chevaline encore jeune et prestigieuse, quoique sur les dents: «Elle a trop caracolé!» de même on pouvait dire du grand-blond: «Il a trop servi!»
CLADEL, Ompdrailles, 1879, p. 190.
2. Loc. adj. [Dans des constr. attributives]
a) [Après le présentatif il en est] Il en est de même dans tous les tems de notre verbe avoir (DESTUTT DE TR., Idéol. 2, 1803, p. 243).
b) Vx. Synon. de pareil. Le lendemain matin ce ne fut pas de même (FLORIAN, Fables, 1792, p. 103). Nous avons ici plus de prairies que de terres labourables, et c'est partout de même (DUSAULX, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 76). Mais parlons de vous, princesse, c'est meilleur. Vous me paraissez toujours de même et vaillante; ne changez pas (FLAUB., Corresp., 1872, p. 451). Je te comprends, Gérald: jeune, j'étais de même (BORNIER, Fille Rol., 1875, II, 2, p. 32).
Région. (Ouest et Canada). [En fonction d'épithète] Ça ne peut pas la rendre pire? interrogea Maria avec un reste de crainte. Ça n'est pas du poison ni une affaire de même? (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916 p. 204).
3. De même que, loc. conj. [Pose l'élém. servant de réf. pour la compar.] Synon. (tout) comme, ainsi que.
a) De même que + prop. complète. La sagacité précède l'attention, de même que le tact précède le toucher (JOUBERT, Pensées, t. 1, 1824, p. 157).
[Pour des raisons de clarté, les adv. de même, ainsi, peuvent introduire la principale] Mais de même qu'un fonctionnaire ou qu'un prêtre voient leur médiocre talent multiplié à l'infini (...) par ces forces auxquelles ils s'appuient, l'administration française et l'Église catholique, de même M. de Guermantes était porté par cette autre force, la politesse aristocratique la plus vraie (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 435). Mais de même que la liberté n'est point la licence, ainsi l'ordre n'est point absence de liberté (SAINT-EXUP., Citad., 1944, p. 618).
b) De même que + groupe nom.
[Le groupe nom. ainsi formé est suj. d'une prop. ell.] Comme toutes les choses humaines, la procédure française a des vices; néanmoins, de même qu'une arme à deux tranchants, elle sert aussi bien à la défense qu'à l'attaque (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p. 607). Pour qu'il y ait art, il faut que la forme, de même que le contenu, atteigne une qualité propre à lui donner un prix aux yeux des autres (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p.101).
[Il est compl. circ.] De même que tous les autres matins en se levant, il voulut remplir ses fonctions de mâle (MARAN, Batouala, 1921, p. 31). Et de même que cette autre fois, une détresse accablante l'envahit (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 193).
Rare. Tout de même que. Pothier semble croire que la propriété, tout de même que la royauté, est de droit divin (PROUDHON, Propriété, 1840, p. 178).
II. — [Adj. postposé au subst. (ou postposé à un adv. de lieu ou de temps); exprime un rapport d'ipséité]
A. — [Marque que l'être évoqué est spécifiquement en cause, à l'exclusion de tout autre]
1. [Postposé au subst., en fonction d'épithète] Rostand (...) qui préfère aux critiques de théâtre les directeurs mêmes de théâtres (RENARD, Journal, 1898, p. 458). Elles aimaient les baisers pour les baisers mêmes, et non à cause de ceux qui les leur donnaient (LARBAUD, F. Marquez, 1911, p. 178). J'avais tant aimé, non pas les abords mêmes de Rochefort, mais les environs depuis Saintes (ALAIN-FOURNIER, Corresp. [avec Rivière], 1913, p.354). Il fallait que l'étude ne représentât pas un à-côté de ma vie mais ma vie même (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 178):
7. Ainsi donc je l'ai saisie! Et je tiens son corps même entre mes bras et il ne me fait point de résistance et j'entends dans mes entrailles ce coeur qui bat!
CLAUDEL, Part. midi, 1949, II, p. 1112.
[Fréq. dans des compl. circ. de lieu ou de temps] La société commence à l'instant même du contrat, s'il ne désigne une autre époque (Code civil, 1804, art. 1843, p. 333). Un haut et vieux château-fort à tours crénelées, bâti dans les flots mêmes (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Ermite, 1886, p. 1053). De quelle rare qualité est le Liederkreis: An die ferne Geliebte (écrit, en avril 1816, aux jours mêmes où ses amis les plus proches disaient qu'«il ne pouvait plus écrire») (ROLLAND, Beethoven, t.1, 1937, p.94):
8. ... [il] s'était présenté dans la journée pour nous faire sa visite, et le lendemain même un billet d'invitation nous arrivait...
FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 14.
[Fréq. dans des énoncés de type argumentatif] Synon. précisément.
♦[Souligne ce qui est décisif] Un défaut tenant au cadre même du livre (FLAUB., Corresp., 1872, p. 422). Et il ferma la bouche de Bourdoncle, au nom des intérêts mêmes de la maison (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 730). Son comique vient des choses mêmes et des situations; il n'est pas dans le style ni dans l'esprit du conteur (LEMAITRE, Contemp., 1885, p. 305). La fragilité des fibres de son coeur, me confia-t-il, de l'avis même des médecins, tenait du miracle (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 125).
♦[Souligne ce qui est paradoxal] Chercher un secours dans la source même du mal (BAUDEL., Paradis artif., 1860, p. 439). Les producteurs viticoles, ruinés par l'abondance même du produit (JAURÈS, Ét. soc., 1901, p. 10).
Par cela même que. Par cela même que ces mots [oui, non] forment une proposition toute entière, ils sont nécessairement isolés dans le discours (DESTUTT DE TR., Idéol. 2, 1803, p. 75):
9. Or, par cela même que l'on admet la possibilité de diviser l'unité en autant de parties que l'on voudra, on la tient pour étendue.
BERGSON, Essai donn. imm., 1889, p. 72.
[Dans des constr. attributives] M. Carbon était la bonté, la jovialité, la droiture mêmes (RENAN, Souv. enf., 1883, p. 270). Un état qui est l'état même d'exister corporellement (RICOEUR, Philos. volonté, 1949, p. 116):
10. Peut-être, quand il s'agit d'un homme de sa sorte, les événements de la vie ne sont-ils pas la vie même. Ce n'est que la part du destin. La vie vraie est plus secrète et plus profonde.
GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1948, p. 250.
Rem. Dans une énumération l'accord en nombre peut se faire avec le dernier subst. Elle était la bizarrerie et la bonne humeur même (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 237). Vous êtes le courage et la féminité même! (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 50). V. aussi GREV. 1980, § 1014.
♦[Avec un présentatif] C'est bien ainsi que je pense, ce sont les restrictions mêmes que je désirais voir apporter (ALAIN-FOURNIER, Corresp. [avec Rivière], 1908, p. 54). Quand on veut être reconnu, on se nomme, c'est l'évidence même (CAMUS, Malentendu, 1944, I, 3, p. 123).
2. [Postposé au pron. pers. disjoint: elle(s)-même(s), eux-mêmes, lui-même, moi-même, nous-même(s), soi-même, toi-même, vous-même(s)]
a) [Avec un verbe actif]
[Le pron. est coréférent au suj.]
♦[directement] Les riches négociants venaient eux-mêmes, par prudence, à l'heure de la levée (A. FRANCE, Île ping., 1908, p. 363):
11. On s'ingéniait à préserver les bouteilles et la vaisselle. Les personnes elles-mêmes avaient moins d'importance.
ROMAINS, Copains, 1913, p. 272.
♦[dans un syntagme prép.] Rosanette (...) tournait sur elle-même éperdue (FLAUB., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 254). La décomposition et l'écroulement de la bourgeoisie, dont les étais pourris craquaient d'eux-mêmes (ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 363). Ils débordaient de confiance dans la vie, dans le bonheur, en eux-mêmes (ROLLAND, J.-Chr., Matin, 1904, p. 203). Compare Ferdinand! Compare!... Compare!... Je ne t'influence pas! Conclus par toi-même!... (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p.554).
[Le pron. est coréférent à un compl. du verbe] J'aimais quelques amis (...), mais plutôt l'amitié qu'eux-mêmes (GIDE, Immor., 1902, p. 374).
b) [Avec un verbe pronom.; le pron. est coréférent au suj.] Elle est très bien, cette femme, se dit en lui-même Charles Grandet (BALZAC, E. Grandet, 1834, p. 61). Oui, oui, c'était l'ancien jeu,... du temps que les parents mariaient leurs enfants... Maintenant, nous nous marions nous-mêmes (GONCOURT, Journal, 1883, p. 271):
12. ... vous êtes riche, dites-vous! Non, vous êtes pauvre. Vous avez appauvri vos frères; vous vous êtes appauvri vous-même.
P. LEROUX, Humanité, 1840, p. 186.
c) [Comme compl. du nom] Il acquiesce à l'élan de nous-mêmes; il collabore à notre expansion; il s'allie à notre croissance (RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p. 35).
d) En emploi subst. Et Gilbert Cloquet pensait que, comme un autre lui-même plus âgé, ce Dixneuf méritait d'être plaint, aidé, embauché pour la fenaison (R. BAZIN, Blé, 1907, p. 192).
3. [En emploi adv., postposé à un adv. de lieu ou de temps] C'est ici même que je l'ai rencontrée. Mais alors même qu'il précisait sa crainte, le lourd battant de la porte fut poussé par une petite main nue (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 91).
B. — [Renchérit sur ce qui vient d'être dit (équivalent de l'emploi adv., infra III A)]
1. [Postposé au subst. en fonction d'épithète] La révolution de l'Amérique sera utile à l'Angleterre même, en la forçant à faire un examen nouveau de sa Constitution et à en bannir les abus (CHAMFORT, Max. et pens., 1794, p. 80). Et tous les meubles, ses vêtements mêmes demeuraient à leur place comme ils se trouvaient au dernier jour (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Bijoux, 1883, p.407). Les joies mondaines, la richesse, la gloire même, devenaient méprisables et insupportables (LARBAUD, F. Marquez, 1911, p. 113). Les fidèles mêmes qui sont tout les premiers intéressés ne sont pas à même de sauver leurs églises (BARRÈS, Cahiers, t.9, 1912, p. 375). Les historiens mêmes savent cela (PÉGUY, Argent, 1913, p. 1249):
13. Il me parut qu'il devenait extrêmement pâle, au point que ses lèvres mêmes étaient décolorées.
GIDE, Symph. pastor., 1919, p. 905.
2. [Postposé au pron. pers. disjoint] L'atmosphère qui s'était peu à peu créée autour d'eux était chargée de pensées grivoises. Au dessert, les femmes elles-mêmes firent des allusions spirituelles et discrètes (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Boule de suif, 1880, p.148). La vie libre des cités grecques obligeait les chefs des peuples et les dieux eux-mêmes à paraître aimables, à chercher la popularité (BARRÈS, Voy. Sparte, 1906, p. 48). Le garçon sans doute préoccupé n'a pas cherché plus loin, il m'a apporté ça, et moi-même d'ailleurs tout à fait distrait je me suis mis à manger (MICHAUX, Plume, 1930, p. 140):
14. Croyez-moi... on est coupable ou on ne l'est pas. Quand on l'est, ça se sent, ça se voit, et l'intéressé lui-même ne s'y trompe pas.
AUDIBERTI, Quoat, 1946, 1er tabl., p. 20.
Rem. Lorsque même a cette valeur renchérissante, il y a possibilité d'hésitation sur son statut d'adj. ou d'adv., et donc sur la présence de la marque de nombre. Ils rient de vos vaines agitations et des erreurs même où ils nous entraînent (ROBESP., Discours, Guerre, t. 8, 1792, p. 135). Cette supériorité devient un avantage pour ceux même qui ne le partagent pas (CONDORCET, Esq. tabl. hist., 1794, p. 215). Puisque ceux même que la nature a faits sensibles et bons n'en sont pas moins capables des plus funestes égarements (STAËL, Allemagne, t. 3, 1810, p. 103). Tant de pantins avec lesquels il faut vivre et desquels même il faut peut-être dépendre (AMIEL, Journal, 1866, p. 275). La maison maudite, d'où les chiens même s'écartaient (PESQUIDOUX, Livre raison, 1928, p. 95). Les manuscrits même n'arrivent plus à ce colombier déserté (MAURIAC, Journal occup., 1942, p.336). V.aussi GREV. 1980, § 1016.
C.À même, loc. prép.
1. Loc. prép. à sens local
a) [À même + déterm. + subst.] Directement à, dans, sur. Un escalier si noir et si puant qu'il semblait percé à même un bloc de crasse (DUHAMEL, Confess. min., 1920, p.137). Nous buvions à même les sources (PONCHON, Muse cabaret, 1920, p.188). Une porte grillée qui donnait à même la piste (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 541).
b) À même dans, entre. De rustiques crochets en fer forgé, scellés à même dans la masse (PERGAUD, De Goupil, 1910, p.204). [L'arène] de Marseille, si peu espagnole avec ses arbres poussant à même entre les gradins (MONTHERL., Bestiaires, 1926 p.518). Elle serait plus à l'aise au coin d'une haie, oui, à même dans l'herbe, comme un oiseau mort (BERNANOS, Joie, 1929, p.722).
2. Être, mettre à même de + inf. Être, mettre dans une situation telle qu'existe la possibilité de. Il me tarde bien de voir les choses pouvoir me mettre à même de te faire venir (NAPOLÉON Ier, Lettres Joséph., 1806, p. 122). J'étais plus à même que personne d'en connaître la fausseté (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 375).
Rem. Rare, loc. adv. signifiant «à égalité». Ces braves gens me mirent aussitôt à même et me firent manger à discrétion en souriant d'un air attendri (SAND, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 214).
III.Adv. [Souligne la réalité du fait le plus improbable et conséquemment le plus significatif pour ce que l'on veut faire admettre]
A. — [Avec valeur renchérissante]
1. [Porte sur un terme opposé à un ou plusieurs autres termes de même nature]
[Porte sur un groupe nominal] Ils soutinrent le contraire avec aigreur, et même avec emportement (CHAMFORT, Max. et pens., 1794, p. 49). Après ces montagnes et même un peu avant, commencèrent d'immenses tourbières (MICHELET, Journal, 1834, p. 140). [Des êtres] qui vivent au milieu de vous non seulement sans frein religieux, mais même sans lois (SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 21). Mais le masque enlevé et la coquette confondue, Alceste rêvera encore, au fond de ses bois, d'une énigme dont personne, pas même Célimène, n'a jamais possédé la clef (MAURIAC, Journal 2, 1937, p. 172):
15. La preuve en est qu'il m'a fallu épouser votre fille sans dot. Oui, sans dot, sans un sou, sans même un trousseau ou une paire de draps!
AYMÉ, Cléramb., 1950, I, 2, p. 16.
[Porte sur un adj.] J'aime mieux le vrai Dante, simple, neuf, énergique et grossier même (CHÊNEDOLLÉ, Journal, 1823, p.124). [J'avais remarqué] qu'il n'y en avait pas une seule jolie et que beaucoup étaient même laides (GYP, Souv. pte fille, 1928, p.125).
[Porte sur un verbe ou un groupe verbal] On voit très souvent les femmes accompagner les hommes à la guerre, les exciter au combat et même y prendre une part très active (DURKHEIM, Divis. trav., 1893, p. 21). La haine, à mon sens, ça bouge, ça bouge même beaucoup, la haine! (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p.1423).
2. [Oppose une phrase à ce qui précède] Non, il n'a pas fait le compte. Il évite même de le faire (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 246):
16. Mais Jean est un être parfait (...). Même ses défauts sont parfaits et lui sont donnés pour qu'il ne nous écrase pas de sa perfection...
TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 328.
[En alliance avec une conj. de coordination]:
17. ... je m'entendis rire, et aussi Despérados, mais non plus de notre affreux rire du matin. Le rire de Despérados était, cette fois, profond et sain et agréable à entendre. Et même le rire un peu sec de Randois n'était pas désagréable.
VERCORS, Silence mer, 1942, p. 20.
[En alliance avec un adv. de phrase] Louise avait bien essayé de retenir Renée (...). Rien n'y faisait. Bientôt même, Renée découcha (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p. 139):
18. Il ne le faisait pas exprès. Il pensait à autre chose, voilà tout. Plus exactement, il pensait. Plus exactement même, il remuait des images encore floues.
SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p. 35.
3. [En phrase négative, suggère une prop. adversative du type «alors que normalement...»] On travaillait en vraies brutes à un travail qui était la punition des galériens autrefois, on y laissait la peau plus souvent qu'à son tour, tout ça pour ne pas même avoir de la viande sur sa table, le soir (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1276). Ta lettre est celle que j'attendais; tu vois que j'y réponds aussitôt; je n'ai pas pris encore même le temps de la relire (GIDE, Corresp. [avec Valéry], 1894, p. 218):
19. Elle se penchait, comme si elle avait perdu la force de se soutenir. Je passai mon bras demeuré libre autour de sa taille, sans même songer, dans mon propre trouble, à lui prendre un baiser.
BOURGET, Disciple, 1889, p. 158.
4. [Porte sur une sub. ou sur le groupe prép. + inf.]
a) Même + conj.
Même quand, lorsque + ind. [Quelqu'un qui] ne paie jamais même quand il invite (BARBUSSE, Feu, 1916, p.157). Jamais!... même quand elle n'est pas là, c'est interdit (SIMENON, Vac. Maigret, 1948 p. 74).
Même si + ind. Et d'ailleurs, même si par surprise un mouvement prolétarien s'était soudain imposé à des agitations d'un autre ordre et d'une autre origine, à quoi eût-il abouti? Il se serait rapidement affaibli en un mouvement purement démocratique par une série de compromis (JAURÈS, Ét. soc., 1901, p. XXXI). Mais, bien entendu, les journaux diraient la même chose, même si tout allait mal (LARBAUD, Journal, 1932, p. 271):
20. ... ne m'écris pas, viens. Même si tu avais décidé de ne pas venir, et que vers sept ou huit heures, tout d'un coup, repensant à moi, tu sentais un peu de pitié, sache que je suis toujours là, devant les Galeries Lafayette, et que je t'attends, je t'attends. Viens.
ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 330.
b) Prép. ou conj. + même
Avant même que + subj. Et, comme elle était en grand deuil, avant même qu'elle n'eût parlé il comprit tout (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1235):
21. Il me voyait venir. Cela aussi faisait partie de ses défenses. Il n'aimait pas être surpris. Il attendit que je fusse tout près; avant même que ne se fussent relevés les yeux gris, la main presque inconsciemment posa la plume...
GRACQ, Syrtes, 1951, p. 46.
Avant même de. Chacun rédige le procès-verbal d'exécution avant même de savoir quel crime il a commis (CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 11).
Si même (littér.). Si tant est que. C'est un roman du sieur Feydeau tellement lubrique et indécent qu'aucun éditeur n'a consenti à le prendre! On ne va pas plus loin! Si même on y va (FLAUB., Corresp., 1872, p. 55). Il y a peu de groupes homogènes, si même il en existe, au point de vue de la race (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p.119). L'ennemi perdra bientôt l'espoir de vaincre, si même, à l'heure où je vous parle, il ne l'a déjà perdu (DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p.461).
5. Pop. Même que. [Introduit dans l'énoncé une incidente par laquelle le locuteur ajoute une preuve suppl., une confirmation à ce qu'il dit] — Où est le 6e léger? cria-t-elle. — Là-bas, à cinq minutes d'ici, en avant de ce canal qui est le long des saules; même que le colonel Macon vient d'être tué (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p. 40). C'est lui, même que je m'en souviens, qui m'avait dit à ce propos: «Les gens de Paris ont l'air toujours d'être occupés, mais en fait, ils se promènent du matin au soir (...)» (CÉLINE, Voyage, 1932, p.11):
22. C'est pas vrai que dans Bar-le-Duc nous avons fichu une noce à tout casser? — certainement, à tout casser! — même que nous y avons rencontré un civil qui nous a emmenés au pince-cul...
COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, épilogue, p. 247.
B. — [Dans des loc. à valeur concessive]
1. Loc. conj.
Lors même que
[Lors même+ cond.] Le mandant ne peut se dispenser de faire ces remboursement et paiement, lors même que l'affaire n'aurait pas réussi (Code civil, 1804, art. 1999, p. 359).
[Lors même+ autre temps de l'ind.] chacun a éprouvé l'effet humiliant et désagréable que produit toute consigne prohibitive, lors même qu'on la sait générale: c'est une limite (RENAN, Avenir sc., 1890, p.525). Finalement, dans cet accord de l'âme avec le monde qui l'entoure, on perçoit un accent religieux, lors même qu'un symbole chrétien ne vient pas le préciser (BÉGUIN, Âme romant., 1939, p.125).
Quand même
[Quand même+ cond.] Quand même la nation aurait ces états généraux réguliers, ce ne serait pas à ce corps constitué à prononcer sur un différend qui touche à sa constitution (SIEYÈS, Tiers état, 1789, p.70). Mais quand même l'origine qu'il lui suppose serait incontestable, nous n'en serions pas plus avancés (DESTUTT DE TR., Idéol. 2, 1803, p.146).
[Quand même+ autre temps de l'ind.] Cet amour qui le flatte encore, quand même il n'est que de l'instinct, il le voyait épuré, ennobli (MARMONTEL, Essai sur rom., 1799, p.299). Juliette! un peu de dignité, quand même personne ne vous voit! (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 82):
23. — J'ai jamais lu ça nulle part.
— Ni moi non plus. Mais je le sais, quand même c'est pas écrit dans les almanachs.
GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 112.
Quand bien même. [Forme intensive de quand même] Et, quand bien même il aurait de l'argent, rien à acheter ne se présente pour éveiller aucun désir (GIDE, Voy. Congo, 1927, p.769).
2. Quand même, tout de même, loc. adv. concessives. Synon. malgré tout.
a) Fam. Quand même. En dépit de tel fait, de telle situation. David était profondément honoré, tandis que Lucien était aimé quand même, et comme on aime une maîtresse malgré les désastres qu'elle cause (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p.652). Là il peut à loisir s'enfoncer en plein coeur une de ces preuves auxquelles il faut croire quand même (MURGER, Scènes vie boh., 1851, p.160):
24. — Je connais un bar à pastis, près de la place Maubert. Ils font demi-tour. Les sirènes sonnent l'alerte (...). — Ça ne fait rien, dit-elle: on m'ouvrira quand même, on me connaît. — Tu te saoules toujours?
VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 29.
[Soulignant le caractère inacceptable, scandaleux d'une hypothèse] Synon. pourtant. Et de qui veux-tu qu'il soit? Elle n'a quand même pas encore couché avec tout Marseille! (PAGNOL, Fanny, 1932, I, 2e tabl., 6, p. 96). Je l'ai pas estourbi quand même? Merde! Ça m'est égal, mais j'ai l'oignon qui ferme, qui s'ouvre (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p.390). Maigret ne pouvait quand même pas aller s'asseoir sur le sable de la plage, parmi les mamans (SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p.17):
25. ... je m'installerais au grenier avec mes livres de classe. Je n'emporterais quand même pas Bergson; il ne fallait pas exagérer!
SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, p. 100.
[Souligne l'expression d'un sentiment admiratif ou étonné] Monsieur Antoine, on en aura vu, quand même, en ces années, dites? On en aura vu de toutes! (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p. 824):
26. Je m'en vas l'attacher haut [la jument], rapport aux coups de pompe. Tape-t-elle bien du devant, hein, quand même?
BERNANOS, M. Ouine, 1943, p. 1414.
b) Tout de même. Même sens. Elle ressemble autant que cela à Pierrette! Mais on voit bien tout de même que ce n'est pas elle. Ma pauvre Pierrette ne chantait pas si bien, quoique sa voix soit au moins aussi jolie (VIGNY, Serv. et grand. milit., 1835, p.110). Elle était malade. Elle alla tout de même en se traînant jusqu'à la prison (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p.166).
[Soulignant le rejet d'une objection, d'une conclusion possible] Synon. en définitive. Si ma fille n'avait pas connu cet être-là, elle serait... Mais elle a eu bien de la chance, tout de même, vous me direz; car M. Grenouville en est devenu amoureux au point qu'il l'a épousée (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p.347). Deux cent vingt-cinq francs, c'était tout de même bon à prendre. D'un bout à l'autre du trajet, il chercha des raisons de s'approuver, de se réjouir de la rencontre (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p.205):
27. — Tu m'diras — j'sais bien c'que tu vas m'dire — que les automobilistes et les artilleurs lourds ont pris à Verdun. C'est vrai, mais i's ont tout d'même le filon à côté d'nous. Nous, on est exposés toujours comme eux l'ont été une fois...
BARBUSSE, Feu, 1916, p. 138.
[Dans le dialogue, sert à protester] — Ah! si j'avais eu des canons et mon brave Simon, tu ne m'aurais pas pris comme un congre dans son trou... — Tout de même, papa... — Non!... Bigre... non... (SUE, Atar-Gull, 1831, p. 12). — (...) Je te parlais aussi de notre mère... — Tu ne disais tout de même pas... — Si, justement. Je reprenais l'affaire à son point de départ, quand le Bavarois arrivait (AYMÉ, Jument, 1933, p. 136):
28. — Tu ne vas tout de même pas me faire la tête parce que je t'ai empêché de te tabasser avec Vincent? dit Henri gentiment.
BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 271.
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694; 1694, 1718: mesme; dep. 1740: même. Étymol. et Hist. I. Adj. a. fr. meïsmes, cas régime meïsme. A. Marque l'insistance, indiquant qu'il s'agit exactement de la personne ou de la chose en question; sens du lat. ipse 1. placé derrière a) ca 1050 un pron. pers. (St Alexis, éd. Chr. Storey, 118: A lui medisme; 284: de sei medisme); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 2858: Kar mei meïsme estoet avant aler); b) ca 1050 un subst. désignant une pers. (St Alexis, 539: Co lur est vis que tengent Deu medisme); ca 1100 (Roland, 400: L'emperere meïsmes a tut sun talent); c) ca 1050 un pron. poss. (Alexis, 432: A grant duel met la sue carn medisme); d) 1651 un subst. mis en appos. exprimant une qualité, indique que le déterminé possède cette qualité au plus haut point (SCARRON, Roman comique, I, 15, éd. H. Bénac, t.1, p.199: estant la brutalité mesme); 2. placé devant a) 1121-34 un subst. désignant une pers. (PHILIPPE DE THAON, Bestiaire, 2526 ds T.-L.: Saint Esperit Qu'en meïsme Dé vit); b) 1578 un subst. mis en appos. et exprimant une qualité, indique que le déterminé possède cette qualité au plus haut point (RONSARD, 1er Livre de Sonnets pour Hélène, XXXVII, 6, éd. P.Laumonier, t.17, p.226: Mais vous embellissez de me voir à malaise, Tigre, roche de mer, la mesme cruauté), cette construction demeure en fr. class. B. Marque l'identité absolue; sens du lat. idem. 1. placé derrière le subst. ca 1100 (Roland, 204: Nuncerent voz cez paroles meïsme); ca 1170 (MARIE DE FRANCE, Lais, éd. J. Rychner, Eliduc, 1006: Cel jur meïsme, apres midi [la place de meïsme n'étant pas rigoureusement fixée, il arrive que la valeur d'identité et celle d'insistance ne soient pas clairement distinguées: ici, l'interprétation «ce jour-même» est également possible, v. Ph. MÉNARD, Synt. de l'a. fr., §25, 1°]); 2. placé devant le subst. a) ca 1165 précède le déterm. (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, éd. L. Constans, 19799: Enz en mëisme la semaine); ca 1170 (Rois, éd. E. R. Curtius, I, III, 17, p.11: vint en Sylo meïsme le jur [in illa die]; III, XIII, 31, p.144: ... que il a sa mort fust enseveliz en meïme le sepulchre ù li bons huem fud enseveliz in sepulchro in quo...; cf. infra IV B 1 et MOIGNET, Gramm. de l'a. fr., p.344 en note); ca 1180 (THOMAS, Tristan, éd. J. Bédier, 2183: Escu ot d'or a vair freté, De meime le teint ot la lance); b) ca 1165 placé entre le déterm. et le subst. (Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 2186: tote une meïsme cose). II. Pron. indéf. indiquant l'identité, la ressemblance: le même. A. Empl. comme subst. av. 1473 faire le mesme «faire la même chose» (JUV. DES URSINS, Charles VI, 1382 ds LITTRÉ); 1541 dire le mesme (CALVIN, Instit., VI, p.410 ds HUG.); 1587 (LANOUE, 198 ds LITTRÉ: Le mesme est des vertus). B. 1643 en fonction d'attribut (CORNEILLE, Polyeucte, I, 1). III.Adv. meïsmes [pourvu de l'-s adv., ne se distingue morphologiquement de l'adj. que dans les cas où ce dernier est dépourvu de tout -s de flexion]. A. Avec les valeurs du lat. ipse «même, précisément, justement; [mon, ton, son] propre». Placé derrière 1.ca 1100 le subst. lui-même précédé d'un poss. que l'adv. renforce (Roland, 2551: Sun cors meïsmes i asalt e requert); ca 1165 (Guillaume d'Angleterre, 2544: Cil le regarde, et ele lui, Tant que li rois connut lors primes Que c'estoit sa feme meïsmes); 2.ca 1170 le pron. pers. (MARIE DE FRANCE, Lais, Fresne, 72: A sei meïsmes se desmente; 470: Vers mei meïsmes meserrai); 3.ca 1170 un adv. de lieu, marque la précision (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec, éd. M. Roques, 4188: Illuec meïsmes an la place); 1176-80 (ID., Lion, éd. M. Roques, 4989: ci meïsmes). B. Avec la valeur du lat. id. 1. placé derrière le subst. ca 1170 (MARIE DE FRANCE, Lais, Fresne, 66: En l'an meïsmes); 1174-76 (GUERNES DE PONT-STE-MAXENCE, St Thomas, éd. E. Walberg, 1541: Le jur mëesmes) [autre interprétation possible «l'année-même, le jour-même», v. Ph. MÉNARD, op.cit., §25, 2°, rem.; cf. supra I B 1]; 2. placé devant le subst. précédé de l'art. ca 1170 (MARIE DE FRANCE, Lais, Lanval, 219: meïsmes l'an Aprés la feste Seint Johan [cf.rem. précédente]). C. Au sens de «également, aussi, de même» 1. ca 1170 placé devant le subst. précédé de l'art. (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec, 6247: ... lié an furent Nostre parant, si com il durent; Liez an fu meïsmes li cuens); 2. ca 1200 placé derrière le subst. (nom de pers.) (Aiol, éd. W. Foerster, 9560: Aiol ont mis dedens [une nef] et Mirabel meïsmes). D. Marque un renchérissement, une gradation, une mise en relief par rapport à un ensemble ca 1170 (BÉROUL, Tristan, éd. E.Muret, 3641); 1176-80 (CHRÉTIEN DE TROYES, Lion, 5405: Mes a grant joie le reçoivent Et font sanblant que molt lor pleise... Meïsmes la fille au seignor Le sert et porte grant enor). E. Au sens de «particulièrement, surtout» 2e moitié XIIIe s. (Lég. de G. de Roussillon, 39 ds T.-L.). IV. Loc. A. Loc. adv. 1. ca 1100 de meïsme «aussi, de la même manière» (Roland, 592); 2. ca 1160 a meïsmes «à proximité, dans le voisinage» (Eneas, éd. J. Salverda de Grave, 2423); 3. 1839 quand même «cependant, néanmoins» (STENDHAL, Chartreuse de Parme ds Romans et nouvelles, éd. H. Martineau, t. 2, p.407: Si je meurs, ce sera en t'adorant quand même...); 4. 1831 tout de même «en dépit de tout, néanmoins» (SUE, loc. cit.). B. Loc. prép. 1. ca 1160 a meïsmes de «près de» (Eneas, 928: A meïsmes de la cité); ca 1195 a meimes + subst. (AMBROISE, Guerre sainte, éd. G. Paris, 10383: a meimes le lieu); 1269-78 (JEAN DE MEUN, Rose, éd. F. Lecoy, 2035: ... car touz biens puisent A meïsmes une fonteine); 2. 1176-81 estre a meïsmes de + inf., pron. ou adv. pronom. (CHRÉTIEN DE TROYES, Charrette, éd. M. Roques, 6727); 1306 (GUILLAUME GUIART, Royaux lignages, éd. L. Delisle et N. de Wailly, 88). C. Loc. conj. 1. a) av. 1514 de mesmes a «de même que, comme» (LEMAIRE DE BELGES, Couronne Margaritique, IV, 63 ds HUG.); b)1606 tout de mesme que (NICOT); 2. 1583-90 mesmes que «et même, bien plus» (BRANTÔME, Cap. estr., Dom Pedro de Tolledo, II, 21 ds HUG.), devenu pop. en fr. mod.; 3. 1671 quand même introduisant une prop. concessive au cond. (POMEY: Quand même je le voudrois, je ne le pourroie pas). Issu d'un lat. vulg. comp. de la particule enclitique emphatique -met servant à renforcer les pron. pers. (egomet, nosmet...) et du dém. intensif ipse (ipsus). Celui-ci, en effet, dans un même but d'insistance, accompagnait fréq. en b. lat. le pron. pers. renforcé (cf. DONAT, Gramm., IV, 395, 10 ds TLL s.v. ipse, 356, 70: tautologia est ejusdem dictionis repetitio vitiosa ut ,,egomet ipse``): nosmet ipsi, temet ipsum, v. TLL, loc. cit., col. 357-359; de là, par rapprochement de -met et de ipse, le pron. metipse (av. le Ve s. Didascaliae apostolorum dsTLL s.v., v. aussi J. PIRSON ds Mél. Wilmotte, p.509; cf. aussi la forme renforcée ipsismet ipsis IIIe-IVe s. ds E. LÖFSTEDT, Syntactica, t.2, p.197), d'où l'a. prov. medeps (fin Xe s., forme occitane ds Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 184, 255), meseis (XIe-XIIe s. eu mesis, Confession ds BARTSCH Prov., col. 23, 2); aqui meseix (fin XIIe-début XIIIe s. Jaufre, éd. C. Brunel, 3097). Comme, par emphase également, ipse s'employait dans la lang. vulg. au superl. (ipsissimus «tout à fait lui-même», Plaute; ipsimus, -a au sens de «patron, patronne», Pétrone, 63, 3: ipsimi nostri; 69, 3 : [ipsumam i.e. dominam] ds TLL s.v. ipse, 344, 30 sqq), le lat. vulg. connut la forme (v. aussi W.VON WARTBURG, Problèmes et méthodes2, pp. 153-155). De celle-ci, prononcée metessimu (cf. les formes isse, issa ds TLL s.v.), sont issus l'a. fr. medesme, meesme et l'a. prov. medesme (1re moitié Xe s. Boèce ds BARTSCH Prov., col. 7, 11: Ella medesma), meesme (XIe s. Evangile de St Jean, ibid., col. 12, 4). La forme a. fr. meïsme peut être expliquée comme anal. du nomin. plur. metessimi, la dilation de de la dés. ayant entravé l'ouverture du tonique en é; F. de LA CHAUSSÉE, Morphol. hist. de l'a. fr., §77, 2; cf. le pron. a. fr. is «même» (ca 1175 en is l'ore, BENOÎT DE STE-MAURE, Chron. ducs de Norm., éd. C. Fahlin, 38423; var. de es, régulièrement issu de ipsu), anal. du plur. ips, avec dilation maintenant le timbre i de l'initiale, F. de LA CHAUSSÉE, op. cit., § 239 C d (G. MILLARDET ds Romania t.42, p.462, R. Lang. rom. t.55, p.422 et t.61, p.6 [hyp. adoptée par FEW t.4, p.809a] a expliqué devenu sous l'infl. de qu; POPE, §836 et 850 attribue (à l'origine des formes en -is- par le même effet de dilation) à l'infl. conjuguée de qu et du nomin. plur.). Les notions exprimées par meesme en a. fr. (identité, insistance) sont le reflet des emplois de ipse à basse époque; ce dernier, pron. intensif et adversatif [moi et non un autre] dans la lang. class., a, en effet, à partir de l'Empire, concurrencé puis tendu à remplacer le pron. d'identité idem (VÄÄN., § 272), cf. dès ENNIUS, Ann., 14: terra corpus quae dedit, ipsa capit; ainsi que 1er s. Velleius Paterculus: his ipsis... gladiis quibus...; id. Valère Maxime: inter ipsum tempus quo... (Lat. Gramm., Syntax und Stylistik, § 105, f, p.189; v. aussi LÖFSTEDT, p.65). Fréq. abs. littér.:235217. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 317968, b) 262851; XXe s. a)310341, b) 401574. Bbg. ANSCOMBRE (J. Cl.). Même le roi de France est sage. Communications. 1973, t.20, pp.80-82. — ANSCOMBRE (J. Cl.), DUCROT (O.). Échelles argumentatives... Semantikos. 1978, t.2, n°2-3, pp.43-67. — CLÉDAT (L.). Sur les emplois de même. R. Philol. fr. 1899, t.13, pp.229-239. — COHEN (M.). L'Adj. inv. de même en Poitou et dans Molière. Fr. mod. 1951, t.19, pp.87-89. — COPPIN (J.). Notes sur le mot même. R. Philol. fr. 1930, t.42, p.131. — COUQUAUX (D.). Même marque-t-il qu'un pron. est réfléchi? Fr. mod. 1977, t.45, pp.126-143. — DUCROT (O.). Les Mots du discours. Paris, 1980, pp.12-15, 41-43. — EBNETER (T.), GESSNER (M. P.). La Causalité en fr. parlé. Trav. Ling. Litt. Strasbourg, 1974, t.12, pp.325-345. — ETZRODT (W.). Die Syntax der unbestimmten Fürwörter personne und même. Rom. Forsch. 1910, t.27, pp.852-931. — FAUCONNIER (G.). Rem. sur la théorie des phénomènes scalaires. Semantikos. 1976, t.1, n°3, pp.13-35. — HARWEG (R.). Vorkommen und Problematik der Verbindung un même. Z. rom. Philol. 1971, t.87, pp.269-285. — MARTIN (R.). Sur l'unité du mot même. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1975, t.13, pp.227-243. — POTTIER (B.). Compar. : le même et l'autre. Modèles ling. 1982, t.4, fasc. 2, pp.41-48.

mémé [meme] n. f.
ÉTYM. XIXe (1884 in T. L. F.); var. dial. de mémère.
1 Fam. (Généralement en appellatif ou précédé d'un possessif). Grand-mère, dans le langage enfantin et familier (→ Bonne-maman).
1 L'intervention énergique de cette grand-mère, que nous n'avions pas le droit d'appeler mémé, mais qui avait le cœur de ce diminutif plébéien, nous avait sauvés de sévices inconnus (…)
Hervé Bazin, Vipère au poing, p. 21.
2 (XXe). Péj. Femme d'un certain âge, estimée sans séduction ( Mémère). Var. graphique : mémée.
2 Aux yeux des hommes, passé cinquante ans — et je suis large —, une femme n'est plus qu'une mémée.
Benoîte et Flora Groult, Journal à quatre mains, p. 88.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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